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RI ou Sàrl : à partir de quel bénéfice faut-il basculer ?

Le point de bascule se situe entre CHF 80'000 et 120'000 de bénéfice net selon le canton. Mais le chiffre ne décide jamais seul : responsabilité, prévoyance et chômage pèsent tout autant.

Bill Alps7 min de lecture
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Toute raison individuelle qui marche finit par se poser la question : faut-il passer en Sàrl ? La réponse ne tient pas à une intuition. Elle tient à un calcul, puis à trois ou quatre facteurs qui n'ont rien de fiscal.

Voici le seuil à partir duquel la bascule devient rentable, un exemple chiffré, les seuils légaux que l'on confond souvent et une checklist pour trancher. Si vous cherchez plutôt les démarches de création, voyez notre guide pour créer sa société et embaucher son premier employé.

Les deux formes en un coup d'œil

Raison individuelle et Sàrl : ce qui change vraiment (2026)

CritèreRaison individuelleSàrl
Capital de départAucunCHF 20'000, entièrement libéré
ResponsabilitéIllimitée, sur le patrimoine privéLimitée au capital social
Registre du commerceObligatoire dès CHF 100'000 de chiffre d'affairesObligatoire dans tous les cas
ComptabilitéSimplifiée sous CHF 500'000 de chiffre d'affairesPartie double, sans exception
Statut du dirigeantIndépendantSalarié de sa propre société
Cotisations socialesJusqu'à 10 % du revenu net (AVS/AI/APG)Environ 12,8 % du salaire, part employeur et AC comprises
2e pilier (LPP)FacultatifObligatoire dès CHF 22'680 de salaire annuel
Assurance-chômageNi cotisation, ni couvertureCotisation due, prestations exclues pour le gérant
Pilier 3aJusqu'à CHF 36'288 par anCHF 7'258 par an
Frais de créationCHF 0 à 900CHF 2'000 à 4'000
Frais annuelsCHF 500 à 2'000CHF 3'000 à 8'000

Le seuil : entre CHF 80'000 et 120'000 de bénéfice

En raison individuelle, tout le bénéfice est votre revenu. Il est imposé une seule fois, au barème progressif de l'impôt sur le revenu, et supporte les cotisations AVS de l'indépendant, qui atteignent 10 % dès CHF 60'500 de revenu annuel. Tant que le bénéfice reste modeste, c'est imbattable : un seul niveau d'imposition et presque pas de frais de structure.

En Sàrl, le bénéfice est d'abord taxé au niveau de la société, à un taux fixe qui va de 11,85 % à Zoug à 19,60 % à Zurich en 2026, impôt fédéral compris. Ce qui vous revient ensuite emprunte deux chemins : un salaire, imposé et cotisé comme n'importe quel salaire, et un dividende, exonéré de cotisations sociales et imposé partiellement, à 70 % au niveau fédéral et entre 50 % et 70 % selon le canton, dès que vous détenez au moins 10 % du capital.

Le croisement se produit quand le barème progressif de l'impôt sur le revenu devient plus lourd que le couple impôt sur le bénéfice et imposition partielle du dividende. En pratique, entre CHF 80'000 et 120'000 de bénéfice net, plus tôt à Zoug ou en Valais, plus tard à Berne ou à Zurich.

Un exemple chiffré

Prenons une personne seule sans enfant, domiciliée dans le canton de Fribourg, qui compare les deux structures à bénéfice identique. Côté Sàrl, on retient un salaire raisonnable complété par un dividende.

Charge annuelle totale (impôts et cotisations sociales), ordre de grandeur

Bénéfice netRaison individuelleSàrl (salaire + dividende)Écart
CHF 60'000environ CHF 22'000environ CHF 23'400RI moins chère de CHF 1'400
CHF 100'000environ CHF 42'000environ CHF 37'200Sàrl moins chère de CHF 4'800
CHF 200'000environ CHF 99'000environ CHF 80'000Sàrl moins chère de CHF 19'000

Ces montants sont des ordres de grandeur calculés pour une personne seule sans enfant dans le canton de Fribourg. Le résultat réel dépend de votre commune, de votre état civil, de votre prévoyance et du mix salaire/dividende retenu. Ils illustrent une tendance, pas votre déclaration d'impôt.

Deux lectures s'imposent. À CHF 60'000, l'écart en faveur de la raison individuelle paraît faible, mais les frais de structure d'une Sàrl (CHF 3'000 à 8'000 par an) le creusent encore. Et l'avantage de la Sàrl ne devient net qu'au-delà de CHF 100'000, où il grandit ensuite très vite.

Cet avantage repose entièrement sur le dividende, qui échappe aux cotisations sociales. La marge de manœuvre n'est pas illimitée : si vous vous versez un salaire anormalement bas et un dividende dépassant 10 % de la valeur fiscale de vos parts, la caisse de compensation peut requalifier une partie du dividende en salaire et réclamer les cotisations, avec intérêts moratoires.

Trois seuils à ne pas confondre

Beaucoup d'indépendants croient qu'un chiffre d'affaires de CHF 100'000 les oblige à créer une Sàrl. C'est inexact. Trois seuils coexistent et aucun ne porte sur la forme juridique.

Ce qui décide vraiment, au-delà des impôts

Le calcul fiscal ne tranche que les cas nets. Dans la pratique, ce sont souvent d'autres raisons qui déclenchent la bascule, parfois bien avant le seuil.

  • La responsabilité. En raison individuelle, un litige, un défaut de livraison ou une créance impayée se règle sur votre patrimoine privé, logement compris.
  • La taille des engagements. Un mandat unique à CHF 50'000, un stock à financer ou un investissement lourd changent votre profil de risque bien plus vite que le bénéfice.
  • L'arrivée d'associés ou d'investisseurs. Une raison individuelle ne se partage pas, elle n'a qu'un seul titulaire.
  • La revente ou la transmission. Céder des parts de Sàrl est simple, vendre une raison individuelle revient à céder des actifs un par un.
  • La perception du marché. Certains grands donneurs d'ordre et certaines banques restent plus à l'aise face à une société qu'à un nom propre.

Le point aveugle : prévoyance et chômage

Les comparatifs oublient souvent la couverture sociale, qui est pourtant l'écart le plus structurel entre les deux formes.

L'indépendant n'a pas de 2e pilier obligatoire, mais il dispose du grand pilier 3a, jusqu'à 20 % de son revenu net et au maximum CHF 36'288 par an, entièrement déductible. Depuis 2026, il peut en plus combler ses lacunes, comme nous l'expliquons dans notre article sur le rachat 3a rétroactif.

Le gérant de Sàrl, lui, redevient salarié : LPP obligatoire dès CHF 22'680 de salaire annuel, plafond 3a ramené à CHF 7'258, mais accès aux rachats LPP, souvent plus puissants fiscalement. Il cotise également à l'assurance-chômage sans pouvoir en toucher les prestations tant qu'il occupe une position assimilable à celle d'un employeur (art. 31 al. 3 let. c LACI).

Votre checklist de décision

Facturer pareil, avant et après

Une bascule de forme juridique change vos statuts, votre en-tête et votre numéro IDE, pas votre façon de facturer. Avec Bill Alps, vous mettez à jour les coordonnées de l'entreprise et vous continuez d'émettre vos QR-factures avec les mêmes clients et la même numérotation, en raison individuelle comme en Sàrl.

  • Le seuil de bascule se situe entre CHF 80'000 et 120'000 de bénéfice net, selon le canton.
  • La raison individuelle n'est imposée qu'une fois, la Sàrl paie l'impôt sur le bénéfice puis vous impose sur le salaire et le dividende.
  • L'avantage de la Sàrl vient du dividende, exonéré de cotisations sociales et imposé partiellement.
  • CHF 100'000 de chiffre d'affaires impose le registre du commerce et la TVA, jamais la Sàrl.
  • La responsabilité illimitée reste le premier motif de bascule, bien avant l'optimisation fiscale.
  • Le gérant de Sàrl cotise à l'assurance-chômage sans y avoir droit et perd le grand pilier 3a.